Quand la créativité rime avec médecine

ArticleMeet the Future

 En septembre dernier, lors de la rentrée scolaire, virtuelle pour la plupart, l’Association des étudiantes et étudiants en Médecine de l’université de Montréal (AEEMUM) avait envie d’offrir à ses étudiants un moment pour se ressourcer et pour re-connecter avec eux-mêmes et leur collègues, particulièrement en ces temps hors du commun.

Le temps d’une fin de semaine, 20 étudiants en médecine de différents niveaux se sont rassemblés à la Factry pour apprendre à déployer leur créativité pour faire face à l’incertitude et se questionner sur l’avenir du monde du travail en changement. Plongez au cœur de deux journées créatives et rassembleuses.

Les soft-skills passés sous le bistouri

À l’école traditionnelle, les étudiants sont voués à développer des hard-skills, c’est-à-dire à maîtriser un métier ou un domaine bien précis. Aujourd’hui, le contexte actuel demande aux employés et à la relève d’être résilient et de s’adapter face à l’inconnu. En effet, selon le Forum économique mondial, la créativité est l’une des trois principales aptitudes que devront maîtriser les talents pour réussir sur le marché du travail en 2020. Et à défaut de se répéter, c’est encore plus vrai que jamais… même en médecine!

Apprendre à poser les bonnes questions, à sortir des cadres de pensée dominante, à faire de nouvelles associations, à créer de nouveaux réseaux pour faire circuler les idées permettront aux étudiants d’être ouverts à de nouvelles avenues et d’approcher les défis avec de nouvelles idées. Développer des compétences créatives est incontournable pour naviguer avec agilité au milieu des perturbations sociales et des innovations technologiques telles qu’on rencontre sur le marché du travail et dans toutes les sphères sociales dans cette période hors du commun.

« Je me suis souvent demandé pourquoi la créativité était souvent mise de l’avant dans le milieu des sciences sociales et des arts alors que le domaine des sciences en bénéficierait tout autant. En fait, comme dans bien des domaines, la médecine va devoir être perpétuellement repensée pour pouvoir mieux faire face aux besoins changeants de la population et pour ce faire, il va falloir des acteurs créatifs dans toutes les sphères médicales. », souligne Léo Pilotte, étudiant en médecine et organisateur de l’événement.

Durant la fin de semaine passée à la Factry, le but était justement de faire briller ces compétences transversales pour mieux les appliquer au quotidien. Mettre de côté les acquis et accroître cette confiance en différentes capacités humaines a permis d’outiller les participants à une réalité à laquelle ils devront faire face. Tout n’est pas noir ou blanc et ce sont les soft skills qui permettent de mieux naviguer dans cette mer d’incertitude.

Pas besoin d’ordonnance pour penser autrement

Sortir de sa zone de confort permet d’apprendre de nouvelles choses. Être réceptif à l’inconnu, c’est d’accepter qu’on ne peut prédire l’avenir et ça implique de s’ouvrir à de nouvelles idées qui permettront de s’adapter au changement. Comme le dit Antoine Bernier, un des participants de la fin de semaine, «il faut embrasser l’inconnu et savoir s’y adapter, c’est tellement un concept fondamental qu’on peut appliquer toutes les sphères de notre vie. C’est aussi comme ça que l’on peut faire les plus belles découvertes. Il faut sortir de sa zone de confort pour grandir en tant que personne puisque c’est dans l’incertitude qu’on en apprend le plus sur nous-mêmes.»  Par le biais, entre autres, d’une activité de chant avec Chantal Gosselin, les participants ont eu la chance d’explorer le concept d’adaptabilité, d’audace et la prise de risque. Après tout, ce n’est pas tous les jours que ces futurs médecins doivent prendre leur courage à deux mains et chanter entourés de leurs collègues! Ainsi, embrasser l’inconnu de cette manière a permis de mieux comprendre les biais cognitifs ainsi que les barrières qu’on s’impose inconsciemment, qui nous empêche de s’ouvrir aux opportunités qui nous ferons avancer.

La multidisciplinarité pour mieux prendre le pouls de la réalité

Mélanger les points de vue, les parcours, les domaines, c’est s’outiller pour aller de l’avant. Une partie importante de la formation Meet the Future consiste en une rencontre entre les «pros» et les «protégés», où ensemble ils sont invités à brasser leurs idées. Sans mélange, sans écoute et sans partage de connaissances, il n’y aura pas de transformation. L’objectif ? Tisser des ponts entre les générations et les différents domaines pour bâtir ensemble de la valeur collective et la société de demain!

Avec Louise Foglia et William Desmarais, fondateurs des Boîtes Mai, ils ont échangé sur le futur de la médecine et des responsabilités sociales associées au métier. Ensemble, ils ont fait émerger des idées d’amélioration dans le domaine médical (médecine holistique, conscience environnementale, etc.) et discuté des difficultés rencontrées au quotidien (pressions et contraintes administratives).

Avec Ingrid Verduyckt, chercheuse à l’Université de Montréal, orthophoniste, récipiendaire du prix jeune chercheuse du Québec pour son approche multisectorielle, ils ont exploré l’importance de douter de soi et d’avoir des nouvelles idées, de développer une posture créative face au changement et de remettre en question les commentaires des autres.

Jean-Christophe Yacono (Yako), concepteur, réalisateur multimédia et photographe, a quant à lui abordé l’intuition et la capacité à constamment sortir des sentiers battus. L’empathie, l’ouverture sur les autres, le storytelling sont des outils

Rapidement, on en vient à l’évidence que tout domaine est connexe, que les concepts associés à une industrie peut nécessairement bien se retrouver dans une autre. C’est en mixant les horizons et en puisant dans l’expertise des individus de différents domaines qu’on arrivera à avoir un impact réel. Les défis sont trop grands pour les résoudre seul!

 

La cohorte en action

L’introspection comme soluté

Meet the Future, c’est avant tout une expérience qui permet aux participants de faire une introspection. Parce que c’est en se connaissant mieux qu’on est en mesure de prendre de meilleures décisions face à l’imprévu. En étudiant les 10 ingrédients de la créativité, les futurs médecins ont pu faire le point sur leurs points forts et leurs faiblesses, comprendre leurs blocages et leurs peurs et d’ainsi avoir une meilleure idée de leur soi et de leur réflexe face aux pressions externes.

C’est aussi un «safe space» où ils ont pris conscience que l’échec peut avoir un impact positif sur le développement et le cheminement d’une personne. Que celui-ci nous apprend beaucoup plus que ce qu’on peut le croire. « J’ai appris à apprivoiser le risque et l’échec dans mes décisions dans la vie. J’ai compris que l’échec est plutôt ce qui nous fait apprendre le plus sur ce qu’on fait et surtout sur qui on est. Sans même le savoir, cette fin de semaine m’a appris à mieux me connaître et à être plus confiant avec ce que je fais et ce que je dis.», mentionne Phillip Yin, étudiant en médecine à l’Université et participant.

La créativité, un remède bien gardé

La créativité est nécessaire dans tous les domaines. C’est grâce à elle qu’il sera possible de se frayer un chemin dans l’incertitude, de s’adapter à une réalité constamment chamboulée et de faire confiance en ses idées pour mieux avancer. « Utiliser sa pensée créative et l’image de son soi profond dans un esprit collaboratif ne peut que faire de nos membres de meilleurs professionnels de la santé. » mentionnent Émilie Landry et Juliette Faucher, étudiantes en médecine et coordonnatrices à la vie étudiante à l’AÉÉMUM.  Et si on intégrait plus de créativité au sein des cursus scolaires?

 

 

Crédit photo: Myriam Baril-Tessier

Charlotte Burroughs Désy

Chargée de projets en communications, Factry

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