Projet intégrateur : Prototype partie 2

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Dans le cadre du programme Pause, les participants ont travaillé en collaboration avec la Ville de Montréal, le Laboratoire d’innovation urbaine de Montréal, des organismes communautaires et l’agence de communications lg2. Leur mission: utiliser le processus de Design thinking afin de développer un concept permettant d’améliorer la qualité de vie hivernale dans le quartier Montréal-Nord tout en ayant un impact social et solidaire pour valoriser, animer et habiter l’espace entourant le Parc-école Lester B. Pearson. Pour témoigner du travail accompli par la cohorte, nous présentons une série d’articles mettant en lumière le processus créatif et les échanges entre les Pausiens et les intervenants.

Étape clé du processus de création, nous visitons la phase du prototypage deux fois plutôt qu’une! Cette fois-ci place à Stéphanie Lavigne, Conseillère en planification et Irène Cloutier, Conseillère du Bureau de la transition écologique et de la résilience, de la Ville de Montréal et les finissants de Pause Anissa Djouini et Jean-Baptiste Vicquelin afin de discuter de créativité, coopération et collaboration.

Plusieurs têtes valent mieux qu’une

Une particularité du projet intégrateur est de créer en groupe. Plusieurs parties prenantes ont pris part à la réflexion: les Pausiens, des experts de la Ville, comme Irène et Stéphanie, et des membres de la communauté. C’est ce qu’on appelle dans le jargon de la cocréation.

Pour Stéphanie, la cocréation c’est tout d’abord faire preuve d’écoute et d’ouverture où chacun à un rôle à jouer. « C’est un moment où l’on mélange les champs d’expertise de façon parfois improbable. Ces échanges humains permettent de mieux comprendre les réalités du milieu. Par exemple, les citoyens ne vont pas nécessairement concevoir un objet, mais peuvent nous aider à mieux comprendre leurs réalités et comment se vit leur quartier. » poursuit-elle.

« À mon avis, la cocréation c’est des aller-retour entre une réflexion personnelle et un partage en équipe. Cette succession de phases individuelles et en groupe nourrit, propulse et amplifie les idées.», explique Anissa. Jean-Baptiste la relance « C’est comme un cocktail où tout le monde vient ajouter son ingrédient. Après, c’est en commun qu’on mix, qu’on shake, qu’on rectifie les saveurs et qu’on dresse pour donner vie à quelque chose de nouveau et surprenant! » Jean-Baptiste soulève toutefois un bémol « Il est impossible de faire un merveilleux cocktail sans tout d’abord installer des conditions propices dans le groupe comme un climat de confiance, des objectifs et des attentes communes. » Anissa renchérit  « … et un langage commun! Dans notre équipe, on a vécu certains problèmes de communications simplement parce qu’on n’avait pas clarifié notre vision ensemble dans des termes compris de la même façon par tous. Ça a généré des frustrations qui ont miné nos efforts communs au début. Puis, on a fait un pas de recul, pour par la suite tous avancer dans la même direction! C’était important avant d’aller à la rencontre du public.»

Même son de cloche du côté de Stéphanie. « De ma part, j’ai été agréablement surprise du fait que plusieurs équipes de Pausiens ont été consultées le public en allant à leur rencontre. C’est une richesse pour la question du prototypage. Aller tester des idées auprès du public visé est toujours un aspect gagnant. Cela leur a permis d’échanger avec les jeunes du milieu sur ce qu’ils vivaient et ce qu’ils manquaient pour se sentir bien dans l’espace urbain. De plus, cela a permis d’ouvrir aussi le champ des possibles avec les citoyens, leur démontrer que comme ailleurs dans les arrondissements centraux, de beaux projets magiques peuvent être réalisés. »

Seul on va vite, ensemble on va loin

Rappelons-le : il n’y a pas de cocréation sans collaboration! Mais collaborer, avec des gens nouveaux, aux profils variés, aux rôles différents et par-dessus le marché, en personne et en ligne, ça demande beaucoup d’ouverture, d’écoute et de communication!

Irène entame le pas  «  La collaboration s’est faite dans un contexte pandémique et donc la contribution de la Ville s’est fait par des communications virtuelles uniquement. L’essentiel de la collaboration du BTER a été d’écouter les idées des jeunes, comprendre leur processus de réflexion et leur vision et, finalement, de partager les programmes, planifications ou politiques de la Ville permettant de les soutenir ou de les encadrer. Malgré le contexte virtuel, j’ai été étonnée par l’écoute et les échanges francs que nous avons pu avoir avec la cohorte de Pause!  »

Anissa poursuit son train de pensée: « Je dois être franche, par contre, pour moi ça n’a pas été facile! Je n’ai pas l’habitude de me mettre en mode réception et absorption. J’avais souvent l’impression dans le passé, à tort ou à raison, que lorsqu’on travaille en équipe, il faut argumenter, défendre ses points et se justifier… Mais quand j’ai plutôt lâché prise et que j’ai décidé de me mettre plus en mode écoute, au lieu d’être en mode confrontation, j’ai réalisé à quel point ce changement d’attitude est un puissant outil de collaboration! Tout argumenter n’est pas utile à la discussion et quand on écoute pour vrai, ça nourrit la créativité. » Jean-Baptiste poursuit, « Mettre son ego de côté permet de construire un safe space où tout peut être dit. Ça stimule les commentaires constructifs et c’est encore plus important quand on travaille à distance! » Anissa va dans la même direction:  « Pour collaborer, il faut apprendre à se laisser porter et à faire confiance aux autres. Mon plus grand apprentissage a été d’apprendre à  se laisser porter. S’accrocher n’est pas constructif! Ça peut freiner tout le groupe. Développer ses aptitudes en communication est essentiel. C’est un art que de se dire les vraies choses dans le respect. »

Ce qui est tout un défi en personne l’est encore plus à distance! Comment établir cette proximité et ce sentiment de confiance à travers des plateformes de vidéoconférences? Jean-Baptiste tente une piste de réponse «Il faut apprendre à connaître les gens avec des activités brise-glaces ou des conversations informelles. » Anissa partage son avis « En ligne ou en personne, il est primordial de créer les conditions gagnantes à la créativité.  Mieux communiquer, tisser des liens et se faire confiance contribuent à réduire la friction. »

Il faut croire que ce défi de taille a été relevé avec brio! « Le travail de cocréation avec les jeunes du projet intégrateur est particulièrement stimulant! Ils ont un sens aigu et souvent inné des enjeux environnementaux et sociaux. Ils sont aussi très créatifs et ambitieux, loin des contraintes administratives et budgétaires qui peuvent rapidement restreindre l’élan créatif! Ce fut un plaisir d’échanger avec ces jeunes et de découvrir leurs projets finaux qui m’ont beaucoup impressionné.», souligne fièrement Irène.

L’importance du prototypage

La phase du prototypage est le moment où on matérialise ses idées. ll s’agit d’une étape charnière qui permet à une équipe de réaliser les forces et les faiblesses de son concept. Un modèle réduit valide ou infirme une piste de travail et permet rapidement d’ajuster le produit.

« Le prototypage est important pour moi pour tester des idées sur les publics ciblés. Cette étape est très enrichissante et permet d’ancrer la démarche avec le milieu. Ça facilite la compréhension de certains choix.», explique Stéphanie. « Je crois que cela a fait réaliser aux Pausiens qu’il n’est pas toujours simple d’organiser et d’animer l’espace public. » poursuit-elle.

Irène rajoute «Les prototypes et expériences terrains sont au cœur des projets des jeunes dans le sens où ils matérialisent ce qu’ils ont en tête et leur permettent de tester certains concepts, même à échelle réduite. » Jean-Baptiste et Anissa ont tous les deux étudié en architecture. Pour eux, développer des maquettes est un incontournable dans un projet. Anissa explique « Très rapidement, Jean-Baptiste et moi avons eu le réflexe de faire de la modélisation 3D et des maquettes. C’est une déformation d’architecte. Dès le début, avant même d’aller sur le terrain, on avait besoin de concrétiser nos idées. Ce qui a été révélateur pour nous par contre, c’est l’utilisation qu’on a faite par la suite! »  Jean-Baptiste abonde dans le même sens. « Notre maquette était censée servir à faire des tests de lumière et finalement elle nous a servi de feu d’allumage de conversation! En la présentant sur le terrain aux futurs utilisateurs, nous avons pu leur exposer notre vision et converser d’égal à égal.»

« Très rapidement, on s’est rendu compte qu’on devait trouver d’autres façons de générer du feedback citoyen. On a donc mené un sondage sur le terrain pour questionner les habitants du quartier sur l’intérêt, l’utilité, la sécurité, l’esthétique et l’attractivité de notre projet en utilisant la maquette pour qu’ils se projettent dans l’espace. Puis, quelque chose d’inattendu s’est produit: on s’est mis à observer les gens en action naturellement dans l’espace.», ajoute Anissa.  Enthousiaste, Jean-Baptiste poursuit «Et on s’est mis à les filmer… pour finalement se rendre compte que petits et grands utilisaient le mobilier urbain spontanément  pour glisser! C’est à ce moment-là qu’on a réalisé que la lumière était peut-être moins importante dans notre projet que la glissade!»

Irène conclut «Les modélisations 3D ou les maquettes aident à se faire une idée plus concrète sur la volonté derrière l’idée en plus d’être des éléments qui facilitent la compréhension des projets et qui dynamisent les présentations finales. Comme dit l’expression, une image vaut mille mots! »

Les 3 A en vrac

Tout au long du projet intégrateur, les Pausiens se sont autoévalués chaque semaine en prenant le temps de réfléchir à ce qu’ils ont le plus apprécié, ce qu’ils ont appris et ce qu’ils appliqueront à l’avenir. Voici les acquis de Anissa et Jean-Baptiste sur cette étape.

Qu’est-ce que vous avez le plus apprécié de cette étape?

Anissa – Je dois avouer avoir douté au début du projet de l’importance d’aller sur le terrain. Ce n’était pas une démarche intuitive et ancrée dans ma pratique architecturale, mais en faisant l’exercice d’aller à la rencontre de l’autre, on peut faire de vraies découvertes et adapter au mieux son projet aux besoins réels. Ça m’a donné de nouvelles perspectives!

Jean-Baptiste –  L’importance de faire la part des choses entre l’essentiel et le superflu! Quand on démarre un projet, on croit parfois à tort que tout à le même niveau d’importance. Finalement en observant, on fait des réalisations importantes qui nous permettent de prioriser ce qui compte vraiment pour les utilisateurs.

Qu’est-ce que vous avez appris?

Anissa – La puissance de la cocréation! C’est fou comme il y a une force dans la relation créatif-utilisateur. En utilisant leur vécu et leurs besoins et notre expertise, on est capable ensemble de repenser plus rapidement et efficacement un produit.

Jean-Baptiste – Il ne faut pas négliger l’étape du prototypage! Je suis parti sceptique. Je me demandais à quoi bon? Soit on a raison et on a perdu notre temps, ou bien on va se fier à des opinions aléatoires et tout recommencer? Ce que j’ai finalement appris c’est que cette étape est réconfortante et enrichit ton discours. Ça ramène le poids des usagers dans les échanges avec le client. Et surtout ça nous rappelle pour qui on fait le projet!

Qu’est-ce que vous aimeriez appliquer avec le recul que vous avez maintenant?

Anissa – Garder en tête à toute étape d’un projet l’importance des utilisateurs. Il faut toujours se remémorer que nous concevons des bâtiments, certes pour un client, mais surtout pour son utilisateur final, qui a toute sa légitimité dans le processus.

Jean-Baptiste –  Faire un prototype, ça nous oblige à extraire l’essence d’un projet, de le simplifier au maximum et à affiner notre capacité d’observation. J’ai été marqué par l’analogie suivante: si le projet était un gâteau de mariage, le prototype lui est un cupcake: la même essence, mais de la plus petite envergure possible. Je vais garder en tête cette analogie à jamais!

Crédit illustration : Juliane Choquette-Lelarge, finissante de la première cohorte de Pause

Stéphanie Lebon

Directrice communications et marketing, Factry

Au cours des dernières années, Stéphanie a défini, élaboré et géré des campagnes d’envergure au sein d'agences de renom. Active dans l’industrie, elle s’exprime sur les enjeux de diversité, de relève et de bien-être à travers ses billets d’opinions et ses implications bénévoles. À la Factry, Stéphanie a comme mandat de concevoir et piloter l’ensemble des activités de marketing et de communications.