Projet intégrateur : Prototype partie 1

ArticlePause

Dans le cadre du programme Pause, les participants ont travaillé en collaboration avec la Ville de Montréal, le Laboratoire d’innovation urbaine de Montréal, des organismes communautaires et l’agence de communications lg2. Leur mission : utiliser le processus de Design thinking afin de développer un concept permettant d’améliorer la qualité de vie hivernale dans le quartier Montréal-Nord tout en ayant un impact social et solidaire pour valoriser, animer et habiter l’espace entourant le Parc-école Lester B. Pearson. Pour témoigner du travail accompli par la cohorte, nous présentons une série d’articles mettant en lumière le processus créatif et les échanges entre les Pausiens et les intervenants.

Au tour de l’avant-dernière étape du processus de création, le prototypage, où cocréation et collaboration sont en vedette, avec Samuel Rancourt, conseiller en innovation au Laboratoire d’innovation urbaine de Montréal (LIUM) et les finissants de Pause, Adam Barro et Julia Barkany.

L’importance du prototypage

L’étape du prototypage demande de rendre l’idée concrète. C’est le moment de passer de la théorie à un concept tangible. Construire une version réduite, simplifiée et moins coûteuse du produit permet de visualiser son projet et de confirmer qu’il s’agit d’une piste à explorer ou s’il faut retourner à la table à dessin.

« Dans notre cas, notre projet était simple. On voulait offrir un espace sur les clôtures pour que les jeunes s’expriment. On se disait qu’on n’avait pas besoin de maquetter. Mais en le faisant, en reproduisant l’installation qu’on s’imaginait avec de la pâte à modeler et du fil, on a pensé au déneigement! Cette simple action de construire un prototype, nous a fait réaliser qu’on devait revoir certains aspects s’il neigeait! C’est fou de réaliser ça. Je ne m’attendais pas du tout à faire ce type de constat. », explique, encore surprise, Julia.

Adam poursuit : « Pour nous, ça a été différent. On n’a pas fait de réalisation technique, mais humaine. Cette étape-là m’a plus fait réaliser qu’on devait avoir une approche super ouverte sur le terrain pour tester notre prototype. Notre objectif est d’ouvrir le dialogue sur la police et ce n’est pas facile. Les gens sont réticents. On a réalisé que notre installation et notre attitude devaient mettre en confiance les gens et réduire au maximum leur sentiment négatif. C’est super formateur! »

« Ce qui est vraiment le fun avec l’idée du prototype aussi, c’est qu’on peut vraiment être surpris des résultats! Nous, on a installé un canevas vide sur une clôture avec des crayons suspendus dans le parc. On était certain que ça allait être détruit ou bien rempli de propos haineux quelques jours plus tard. Quand on est revenu sur le terrain et qu’on a vu qu’il y avait encore des crayons et que c’était plein de dessins et de beaux mots, ça nous a vraiment donné le boost qu’il fallait pour croire en notre projet!  »,  raconte Julia.

Le sentiment de Julia et Adam n’est pas étranger à Samuel Rancourt : « Vivre une expérience concrète sur un terrain d’intervention, en faire un lieu de prototypage, d’expérimentation et d’observation directe change complètement la nature d’un projet. Ça amplifie la sensibilité au lieu, c’est comprendre les nuances du tissu urbain, c’est une rencontre autant sociale que spatiale, c’est une récolte d’informations profondément humaine et ça positionne le projet comme premier témoin de sa propre pertinence. S’exposer dans un lieu, c’est se rendre vulnérable. L’espace public a du caractère! Alors, quand j’ai entendu les présentations des Pausiens commencer avec des anecdotes et des histoires de rencontres sur le lieu, j’étais déjà quasi convaincu. Je savais qu’une bonne partie de la réflexion était solide de par son ancrage terrain. »

 

C’est quoi la cocréation?

Il n’y a pas de prototypage sans cocréation! Mais qu’est-ce que la cocréation au juste? Cocréer, c’est personnaliser un produit ou service pour une communauté et non seulement pour un individu. En résumé, c’est de la création collaborative.

Pour Samuel, l’action de cocréer est intrinsèquement liée à la posture d’apprentissage de chaque personne qui la pratique. En effet, il explique que « la cocréation, c’est assumer de partager une expérience de création commune, dans laquelle l’expertise transmise et les connaissances assimilées sont équivalentes. Un cocréateur ne se doit pas de connaître totalement le processus de création ou encore, savoir exactement la nature de sa contribution. Ici, seule la volonté de révéler des possibilités et une écoute empathique sont des compétences essentielles.»

Et comment ça s’applique concrètement? Pour Adam, tout est une question d’amplification : « À mon avis, on sait qu’on fait de la cocréation quand on n’est plus capable d’identifier le propriétaire d’une idée. Ça demande une participation active de tout le monde. Notre mission à tous est d’écouter nos coéquipiers, de rebondir sur leurs dires et d’exploser leur pensée. C’est comme ça qu’on collabore tous à créer quelque chose de plus grand que soi. »

« Pour faire de la bonne cocréation, ça prend de la diversité», précise Julia. « Il faut rassembler une équipe avec des gens dont les compétences, les forces, les domaines et les backgrounds sont différents. Sinon, on brasse les mêmes idées sans fin! Si on veut enlever nos œillères et voir plus loin, ça prend les bonnes personnes autour de la table. »

Même son de cloche chez Samuel : « La cocréation, c’est aussi une superbe occasion de valoriser une diversité de contributions. La richesse de collaborer avec une communauté de jeunes par exemple, c’est avoir la chance de reconnecter avec une forte dynamique dans la vision du travail. Dynamique, dans le sens ou les référents et comportements relèvent beaucoup de l’expérimentation, de l’instinct, du plaisir libre de contraintes, du rêve enthousiasme, du refus des acquis et de la confrontation, celle qui enrichit et qui fait grandir. Des qualités qui, selon moi, contribuent grandement au succès d’un projet. »

 

La collaboration

Il n’y a pas de cocréation sans collaboration et rétroaction. Au cœur des projets intégrateurs, Samuel a offert de précieux feedbacks aux participants du programme. Pour lui, « Pause, c’est la promesse de construire des idées ensemble. Le LIUM participe avec l’intention de rassembler plusieurs bonnes personnes dans un cercle de collaboration. Avec le thème de cette année ━ Améliorer la qualité de vie hivernale dans un quartier excentré de Montréal en ayant un impact social et solidaire ━ nous avons la chance de rassembler des ressources au Bureau de la transition écologique et de la résilience, à l’arrondissement Montréal Nord et issues de la société civile pour participer au projet avec nous. Ce qui est bien, c‘est que d’une part, on déconstruit l’idée des silos de travail et d’une autre, on augmente favorablement le contact direct entre la jeune communauté citoyenne et le personnel municipal. »

Comment cette collaboration a -t-elle été reçue de la part des Pausiens? « Collaborer avec Samuel nous a permis d’avoir un avis externe précieux. Habitué à travailler en équipe et expert dans son domaine, il nous apportait un regard franc et honnête sur nos idées!», explique Adam. il poursuit : « Dans notre équipe, on était fier de notre première idée. On était prêt à se lancer…Mais en discutant avec Samuel, son feedback constructif nous a vraiment remis en question! Grâce à son implication, nous avons retravaillé notre concept et je suis aujourd’hui vraiment reconnaissant parce que c’est grâce à lui qu’on y est arrivé! »

«Je vois l’implication de Samuel au projet comme celui d’un éditeur qui révise un texte d’un auteur. C’est beaucoup plus que de soulever les fautes d’orthographe. Il conseille sur le ton, le développement de l’histoire et fait des suggestions surprenantes. Il a le recul nécessaire pour voir ce qui peut être ajusté, alors que ce n’est pas évident quand c’est toi qui a écrit le texte et que tu as le nez collé dessus! On a besoin de ce regard extérieur bienveillant et critique. Se faire challenger, c’est motivant pour la créativité! », ajoute Julia.

Samuel poursuit : « Je crois tout de même que les Pausiens avaient de bonnes intentions et beaucoup d’écoute, et malgré que leur projet soit encore embryonnaire, ils ont trouvé des idées étincelantes… et les projets lumineux font toujours leur chemin! »

 

Les 3 A en vrac

Tout au long du projet intégrateur, les Pausiens se sont autoévalués chaque semaine en prenant le temps de réfléchir à ce qu’ils ont le plus apprécié, ce qu’ils ont appris et ce qu’ils appliqueront à l’avenir. Voici les acquis de Adam et Julia sur cette étape.

Qu’est-ce que vous avez le plus apprécié de cette étape?

Adam – J’ai adoré recevoir du feedback et me faire coacher! La créativité, ça s’apprend et c’est en se faisant guider qu’on peut s’améliorer! Je suis content maintenant d’avoir la maturité de comprendre que lorsqu’on reçoit du feedback, ce sont des critiques sur nos idées, et non pas sur notre personne. On ne doit pas le prendre personnel, on a toujours de la place à l’amélioration!

Julie – On est tellement toujours sur des ordinateurs et nos cellulaires qu’on oublie un moment donné l’importance de patenter et maquetter! Je me suis rendue compte en gossant notre prototype de tellement de choses!

Qu’est-ce que vous avez appris?

Adam – Il vaut mieux tester rapidement que de peaufiner à l’infini dans le vide! C’est en faisant un prototype et en le testant qu’il est plus facile de voir les forces de ton idée et les choses à améliorer.

Julie –  Les gens ne sont pas si difficiles d’approche! Quand on se donne la peine d’aller à leur rencontre et qu’on est là pour les bonnes raisons, ils sont généreux!

Qu’est-ce que vous aimeriez appliquer avec le recul que vous avez maintenant?

Adam – C’est en prototypant notre projet que j’ai réalisé à quel point visualiser et maquetter ses idées avant de se lancer est une étape cruciale! Je veux appliquer ça partout dans ma vie!

Julia –  Le feedback! Les critiques nous rendent meilleurs. Il ne faut pas avoir peur d’en donner et d’en recevoir!

 

Crédit illustration : Juliane Choquette-Lelarge, finissante de la première cohorte de Pause

Stéphanie Lebon

Directrice communications et marketing, Factry

Au cours des dernières années, Stéphanie a défini, élaboré et géré des campagnes d’envergure au sein d'agences de renom. Active dans l’industrie, elle s’exprime sur les enjeux de diversité, de relève et de bien-être à travers ses billets d’opinions et ses implications bénévoles. À la Factry, Stéphanie a comme mandat de concevoir et piloter l’ensemble des activités de marketing et de communications.